Rm 12, 1-18
Dans l’épître aux Romains Paul, après les salutations, évoque la colère de Dieu devant une humanité qui a perdu le contact avec lui et s’est détournée. Les polythéistes se sont arrêtés à des puissances ou phénomènes de la nature et les ont divinisés en espérant s’attirer leur bienveillance par un culte et des sacrifices. Si la plupart ne cherchent plus ce qu’il peut y avoir derrière, les philosophes, qui voient au-dessus un dieu créateur, nient toute possibilité de relation avec lui. « Aussi Dieu les a-t-il livrés à des passions avilissantes » (Rm 1, 26)
Les juifs seuls gardent le souvenir d’une alliance avec Dieu, mais leur foi a faibli après toutes les épreuves qu’ils ont subies : une suite de guerres débouchant sur une défaite complète, la déportation, un retour mais avec la soumission à plusieurs empires successifs. Chacun de leurs vainqueurs voulait leur imposer sa religion mais ils ont résisté en s’appuyant sur la Loi, les cinq premiers chapitres de la Bible. Le problème est que ce texte a fini par prendre la place d’une relation directe avec Dieu, comme celle qu’avait Abraham. Moïse aussi entendait la voix de Dieu et après lui toute une succession de prophètes que le peuple écoutait. Mais, dès avant le drame de la déportation, les prophètes n’étaient plus toujours écoutés. À l’époque de Jésus, seule compte la voix des gardiens de la Loi alors même qu’ils la transgressent en ayant perdu la foi qui est dans l’écoute de Dieu et de l’esprit de la Loi.
Après avoir développé cette situation Paul, à partir du chapitre douze de son épître, expose comment renouer la relation avec Dieu grâce au Christ. Il s’agit de s’offrir soi-même, comme Jésus, en sacrifice. Offrir des animaux ou s’imposer des règles ne sert à rien si tout notre cœur, tout notre être, toute notre vie n’y est pas. C’est-à-dire en particulier si on ne se détourne pas d’un monde fondé sur les « passions avilissantes » pour trouver de nouvelles façons de penser et d’agir.
La communauté chrétienne est ainsi appelée à former le Corps du Christ pour le rendre présent charnellement dans le monde. Chaque fidèle contribue dans la mesure de ce qu’il peut faire, selon l’image des différents membres du corps. La messe est le lieu essentiel où l’on affirme l’offrande de soi-même pour communier dans la Personne du Christ, son corps étant constitué par l’assemblée. « Si donc vous êtes le corps et les membres du Christ, c’est votre sacrement qui est posé sur la table du Seigneur : vous recevez votre propre sacrement. » dit saint Augustin. Encore faut-il une parfaite union fraternelle et priante entre les fidèles, et que cette union soit ouverte à ceux qui n’en font pas partie, leur manifestant amour et compassion.
Gilles Plum