« Il marchait avec eux »
On connait tous ce passage des pèlerins d’Emmaüs. On s’arrête généralement sur le fait que ces deux hommesdéçus dans leur attente du Messie qui devait sauver Israël, s’en vont tristes et découragés. Certes ils n’ont pas compris le message de Jésus, ils n’ont pas su qui était Jésus réellement, et ils ne furent certainement pas les seuls dans ce cas-là. Jésus « s’approche » et « fait » route avec eux : ces deux verbes résument toute la démarche de Jésus. Luc nous rappelle qu’en Jésus, Dieu se fait proche des hommes, prend part à leur histoire. Sur nos chemins de vie, Jésus, le ressuscité, se fait compagnon de voyage.
Cependant il faut aussi remarquer que Jésus arrive là où ils ne s’y attendent pas : au milieu de leur chemin, aumilieu de leur désespoir. Et ils sont tellement tristes, tellement centrés sur leur déception, leur souffrancepersonnelle, qu’ils ne peuvent reconnaitre le Seigneur. Leurs yeux étaient aveuglés de le reconnaître et il a fallu la patience et la persévérance de Jésus pour leur faire comprendre que ce qui est arrivé, devait arriver. Mais Jésus va aller plus loin avec eux ; arrivé au village, il fait semblant de continuer son chemin, il sait bien qu’à ce moment-là, leurs cœurs sont « accrochés » et qu’ils ont envie d’en savoir plus, d’en parler encore. Il aurait pu rentrer directement avec eux dans la maison, mais il leur laisse l’occasion de l’inviter : Jésus ne s’impose pas ! Ce n’est plus Jésus qui arrive, c’est le disciple qui souhaite l’avoir près de lui. Il faut reconnaitre là toute la délicatesse du Seigneur, qui dans son amour, respecte toujours la liberté de l’homme et du disciple.
Suite à cette invitation, Jésus va enfin se révéler, par la fraction du pain, car leurs cœurs sont maintenant prêts à recevoir la vérité de la présence de Dieu. Ils sont maintenant décentrés d’eux-mêmes et peuvent reconnaitre le Seigneur, le Seigneur ressuscité !
Cette reconnaissance faite, Jésus peut maintenant disparaitre, sa présence vivante est au fond de leur cœur, par la foi ! Et cette vérité, cette bonne nouvelle de Jésus ressuscité est une telle source de joie, qu’ils vont retourner pour le dire aux apôtres qui, eux aussi, auront vécus cette rencontre !
En quoi cet épisode de l’évangile nous rejoint-il dans notre vie ? Nous savons bien que Jésus est ressuscité, nous savons bien qu’il est présent dans l’hostie consacrée. Mais savons-nous vraiment reconnaître la présence de Jésus vivant en nous, vivant au cœur de notre vie ? Car lorsque l’épreuve nous atteint, nous devenons parfois comme les pèlerins d’Emmaüs, centrés sur notre souffrance, centrés sur nous-mêmes, à tel point que nous ne voyons plus le Seigneur, et que nous lui crions « mais où es-tu ? » et nous pouvons être, nous aussi, tentés de tout laisser tomber : notre prière, notre pratique religieuse, nos services d’Eglise …etc. Pourtant Jésus est toujours là, et il se manifeste de bien des façons, mais nous ne savons pas le reconnaitre, l’accueillir, avoir beaucoup de patience et de persévérance, pour que l’on veuille enfin le reconnaitre et l’accueillir. Cet épisode nous rappelle que Jésus lui-même vient dans notre histoire et fait route avec nous ; qu’il nous rejoint dans la banalité de notre quotidien, même si nous n’en sommes pas toujours conscients. C’est un parcours auquel chacun peut prendre part, pour reconnaître une Présence, celle du Christ ressuscité, et en être témoin.
Père Louis IKENDJE