Pour les gens de l’époque, cette lettre semblait traiter un simple problème domestique : Onésime, qui appartient à la maison de Philémon, est parti sans autorisation et devrait être puni pour cela, mais Paul intervient en sa faveur auprès de son maître. Pourtant, Paul ne s’adresse pas seulement à Philémon mais aussi à toute la communauté chrétienne dont celui-ci fait partie. La lettre est d’ailleurs conçue comme toutes les épîtres envoyées aux différentes églises locales. Il y a donc là un enseignement valable pour tous les fidèles et non seulement pour une personne.
Le but de Paul n’est pas seulement qu’un esclave ne soit pas traité comme un inférieur mais aussi de faire naître un amour fraternel de la part du maître. Il sait qu’un tel amour ne peut pas être obtenu par la simple obéissance, c’est pourquoi il ne veut pas intervenir comme un maître usant de son autorité pour prescrire un certain comportement à son disciple. Paul sait aussi que Dieu s’est incarné en Jésus pour prêcher l’amour par l’exemple avec un parfait respect pour la liberté de l’homme.
Paul va donc exhorter à l’amour par l’amour. Il commence par faire l’éloge de Philémon : il parle de sa foi mais surtout de son amour, qu’il cite deux fois, insistant sur la joie et la consolation que Philémon lui a ainsi apporté à lui-même, Paul. Cela lui permet d’adresser une demande « au nom de l’amour » à propos d’Onésime. Il affirme que cet esclave est comme son fils, d’une grande aide pour lui ; il le dit même « comme mon cœur » ! Et cette expression est au centre même, au cœur, de l’épître, juste après avoir parlé de l’utilité d’Onésime par le mot grec chrestos, qui se prononçait dans le peuple comme christos et voulait dire « utile » mais dans le sens de « bon, bienfaisant ». Comme si Philémon pouvait maintenant accueillir Onésime de la même façon que si c’était le Christ. C’est pourquoi Paul n’a plus qu’à encourager Philémon à l’amour fraternel avec son esclave « aussi bien humainement que dans le Seigneur ».
Cette lettre est lumineuse en ce qu’elle exprime abondamment l’amour fraternel : celui de Paul pour Philémon et Onésime, d’abord, et celui de Philémon pour sa communauté, mais aussi celui que Philémon est appelé à avoir pour ses esclaves. Il s’agit d’un amour nouveau, celui qu’a introduit Jésus dans le monde, ce qui veut dire que le Christ est très présent dans cette épître, même s’il n’est pas cité directement.
Gilles Plum