Saisis par le Christ

Ph 3, 4-17

Ce passage de l’épître aux Philippiens est doublement provocateur. D’abord Paul appelle « ordure » ce qui semble important aux juifs ; ensuite il se met dans les « parfaits » (traduit ici par « adultes dans la foi ») et demande à être imité. C’est qu’il s’agit d’une réplique vigoureuse et ironique contre les juifs devenus chrétiens qui prétendent qu’on ne peut être un chrétien parfait qu’en étant un juif achevé comme eux.

Paul a toujours senti la distance qu’il y avait entre le judaïsme de son époque et le christianisme. C’est bien la raison pour laquelle il a d’abord persécuté les chrétiens. Après la Pentecôte, Jésus est devenu le lien privilégié entre l’homme et Dieu : d’une part le clergé juif a perdu de son importance, d’autre part l’Alliance se noue maintenant par Jésus alors que la Loi de Moïse perd la première place.

C’est un bouleversement, même si la Bible juive reste le socle : Moïse, en effet, dit au peuple à la fin de la Torah : « Prenez ce livre de la Loi et posez-le à côté de l’arche de l’Alliance du Seigneur votre Dieu ; là, il servira de témoin contre toi. En effet, moi je connais ton esprit rebelle et ta nuque raide. » (Dt 31, 26-27). Car la Loi n’est nécessaire que du fait de l’incapacité des Israélites à constituer une fraternité qui soit véritable et à l’écoute de Dieu. La soumission à la Loi n’est qu’un palliatif à leur péché et à leur surdité. Mais Dieu veut un peuple libre, non soumis, pour répondre par un amour libre à l’amour qu’Il a pour eux. C’est pourquoi Jésus est venu pour le sauver du péché et s’offrir en modèle d’amour et de fraternité. La relation avec Dieu est renouée par configuration au Christ et non par soumission, ce qui permet un amour sincère avec le Tout-Puissant.

Si Paul a compris cela, ce n’est cependant pas en poussant l’étude des Écritures, mais par une rencontre avec le Christ. Et c’est Jésus qui est venu chercher Paul et le saisir sur la route de Damas. L’amour et la miséricorde du Fils de Dieu à notre égard doivent être vécus avant que vienne l’intelligence des Écritures.

C’est en cela que Paul se pose en modèle à imiter. Tout chrétien doit d’abord reconnaître et vivre l’amour du Christ dans Sa passion, et Sa puissance dans Sa résurrection, pour commencer son propre chemin, sa course, vers la perfection de la relation d’amour avec Dieu.

Gilles Plum