DIALOGUE ET ENTRAIDE
Il est fréquent d’interpréter le silence de Jésus face à la Cananéenne comme indiquant son refus d’entrer en relation avec elle. Les disciples semblent le comprendre ainsi et ajoutent leur grain de sel, à la façon d’un premier de la classe qui essaierait de s’immiscer dans les bonnes grâces du maître en pointant les torts des autres: « Elle nous poursuit de ses cris. » Il semble que traduire le silence de Jésus de cette façon ne tient pas compte de ce qu’on connaît de lui : Jésus n’est pas homme à refuser la relation, ici pas plus qu’ailleurs. Il paraît plus juste de comprendre ce silence comme l’expression de sa perplexité devant une situation inédite. L’appel au secours de cette étrangère le renvoie à une question qu’il ne s’était pas encore posée : jusqu’où s’étend sa mission ? Il se tait, non parce qu’il refuse de répondre, mais parce qu’il ne sait pas encore ce qu’il doit répondre et qu’il se donne le temps de la réflexion (ne fait-il pas de même dans l’épisode de la femme adultère ?). Après avoir pris ce temps pour considérer la situation, il entre en conversation et fait une première réponse qui ne ferme pas la porte mais qui est une façon de demander à la femme de l’aider. Tout le dialogue qui s’ensuit peut-être lu à cette lumière : il ne s’agit pas d’un échange entre un homme fermé et une femme obstinée mais d’un dialogue entre un homme et une femme, dans lequel la femme aide l’homme à discerner.
Peut-être ai-je moi aussi besoin du secours du Christ ; oserai-je crier vers lui comme le fait la Cananéenne ?
Est-ce que je m’autorise à entrer en conversation avec le Christ ?
Marie-Caroline BUSTARRET théologienne, enseignanteauxfacultésLoyolaParis
xtrait de Prions en Eglise Août 2026 – N°476