Les divisions dans les communautés

1 Cor 1, 10-17

Il ne faut pas croire que les religions de l’antiquité soient parfaitement déterminées et uniformes. Le polythéisme gréco-romain diffère déjà légèrement selon chaque cité, avec des visions différentes de chaque dieu. À cette discorde s’ajoute celle des différentes écoles philosophiques. Des philosophes parcourent l’empire romain en cherchant à attirer des adeptes. Ils se partagent entre platoniciens, stoïciens, épicuriens, aristotéliciens. Chaque courant a sa propre vision de la sagesse et de la religion. Nous avons beaucoup hérité d’eux sur l’âme ou la providence, par exemple. Par ailleurs, des sectes proposent de nouveaux dieux exotiques, comme l’Égyptienne Isis ou le Perse Mithra. Le culte de l’empereur s’ajoute encore pour unifier toutes les possessions de Rome. La situation annonce déjà un peu l’individualisme d’aujourd’hui, avec tout un marché de spiritualités où chacun fait son choix.

L’antique religion d’Israël est elle-même divisée entre plusieurs courants : d’abord entre samaritains et juifs, puis, dans le judaïsme, entre sadducéens, pharisiens, zélotes ou esséniens. Chaque courant a, par exemple, sa vision de la vie après la mort : immortalité de l’âme ou non, résurrection ou non, dans un autre corps mortel ou dans le même corps immortel, etc.

Même parmi les premiers chrétiens les divisions existent, comme en témoignent les Actes des Apôtres au chapitre 15 et l’épître de Paul aux Galates au chapitre 2 : les judéo-chrétiens pensent que les païens doivent d’abord se convertir au judaïsme pour devenir chrétiens. Tous croient que Jésus est Messie et fils de Dieu mais tous ne pensent pas qu’il est lui-même Dieu. À l’opposé des judéo-chrétiens, les gnostiques se rapprocheront franchement du platonisme en stigmatisant un corps méprisable dont l’âme doit absolument se libérer.  Ils croiront que Jésus n’a pas vraiment été un homme mais un être divin envoyé par un dieu supérieur au dieu des Juifs.

Dans le monde hellénistique où baignent les juifs avec tout l’empire, les gens les plus cultivés aiment les disputes verbales où chacun tente de prouver par le raisonnement la supériorité de sa conception de l’Homme et de l’Univers. Chaque auditeur se dit ensuite le disciple de celui qui a le mieux parlé selon lui. Certains membres de la communauté de Corinthe se comportent ainsi : ils n’ont pas encore compris que Paul ne se situait pas sur le même plan, qu’il n’a pas développé un raisonnement fondant un système précis de croyances – en concurrence avec Apollos ou Pierre – mais qu’il a annoncé une personne dont il faut suivre l’exemple : Jésus. Pour lui, les nouvelles communautés ne doivent pas chercher à établir une doctrine mais à se mettre petit à petit à l’école de Jésus, par l’étude des Écritures, par la prière et par l’amour du prochain, au travers de la foi en Christ Sauveur. Paul n’interdit pas les discussions mais il veut qu’une fraternité unie en Jésus-Christ soit toujours privilégiée.

Gilles Plum