Nous voici au début de la Semaine Sainte qui s’ouvre par une double célébration : la procession, qui commémore l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem ; puis la messe, qui célèbre sa Passion et sa Résurrection dimanche prochain.
Le récit de la Passion, jusqu’au procès devant Pilate, insiste sur le parcours de deux apôtres : Judas, qui trahit son Maître, organise son arrestation, se repent et finalement, méprisé par les autorités, se suicide. Il a voulu appliquer au Christ une logique trop humaine en vue d’un impossible triomphe humain. Il y a aussi Pierre, qui jure sa fidélité, mais s’endort à Gethsémani, ensuite il suit discrètement Jésus avant de le renier et enfin il termine dans les larmes. Deux histoires tragiques de deux intimes de Jésus, choisis pour être ses disciples-apôtres. Deux personnages confrontés aux tentations qui menacent la vie spirituelle de tous les baptisés.
Comme Judas, nous nous laissons parfois fasciner par le monde et ses illusions ; l’amour de l’argent jusqu’à enêtre esclaves ; douter du Maître dont la logique nous heurte, et perdre petit à petit la foi… On en arrive à trahirJésus par des trahisons de la vie quotidienne.
Quant à saint Pierre, nous lui ressemblons encore plus : nous sommes généreux et sincèrement attachés au Chr ist, certes, mais nous avons la présomption de s’appuyer sur nos propres forces pour être fidèles (« Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais ») ; nous nous engourdissons dans la vie spirituelle sans toutefois persévérer dans la prière comme à Gethsémani ; et finalement nous nous enfuyons lâchement lorsque l’épreuve arrive. Ces deux personnages de Pierre et Judas doivent nous faire réfléchir.
Disciples-Missionnaires, nous sommes tous, sans exception, appelés à accompagner Jésus à Gethsémani ; ilcompte sur notre présence, il veut s’appuyer sur elle. C’est à Gethsémani qu’il affronte lucidement le grand combat, et c’est là que nous devons unir nos petites passions à la sienne. Notre vie de prière comporte souventdes moments difficiles, des sécheresses et un manque de motivation. La prière est toujours un combat, nécessaire puisque c’est le lieu où Dieu nous transforme en profondeur et nous unit à lui. C’est pourtant un combat qu’il faut gagner à tout prix et à tous les prix, faute de quoi tout l’édifice est menacé. Or, nous pouvons nous endormir dans la routine, renoncer à la prière par paresse, ou fuir la vie de prière dans l’activisme.
Pour cela, il est nécessaire de tenir bon dans la prière, malgré les sécheresses, les distract ions et les déconvenuesqu’elle comporte, en écoutant ce conseil du Christ : « Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit estardent, mais la chair est faible. » (Mt 26, 41)
Père Louis IKENDJE