3e dimanche de Carême

Après les Tentations et la Transfiguration, nous sommes invités aujourd’hui à participer à la rencontre entre Jésus et la Samaritaine. Jésus est fatigué par sa marche au désert. Il est assis, il se repose, au bord du Puits de Jacob comme pour attendre le secours : Quoi de plus naturel que de demander à boire ? Comme homme, Jésus a connu la fatigue, le poids du jour et de la chaleur. Arrive une Samaritaine pour puiser de l’eau et Jésus lui demande de l’eau comme pour refaire ses forces : « Donne-moi à boire ». Et le dialogue s’engage. Dialogue entre Dieu et l’humanité représentée par la Samaritaine. Le dialogue est vertu très importante dans l’action humaine qui nécessite l’accueil, l’écoute de l’autre et peut aboutir à la compréhension mutuelle, à des compro mis qui aideront à avancer, à ouvrir des voies à la synodalité.

Dans les Saintes Ecritures, l’image du Puits ou de la Fontaine est un « site de rencontres » où l’on tombeamoureux. C’est souvent près d’une source ou d’un puits que les mariages se préparent et se nouent : le mariage entre Isaac et Rebecca se trame indirectement autour d’un puits (Gn 24, 43-44), la rencontre entre Jacob et Rachel (Gn 29, 9-11), la rencontre entre Moïse et Séphora (Ex 2, 15-21). Mais la rencontre entre Jésus et la Samaritaine au Puits de Jacob ne se termine pas par un mariage, mais elle est tout de même une rencontred’amour. La Samaritaine rencontre l’Amour en personne : Jésus-Christ.

Le dialogue entre Jésus et la Samaritaine fait naître en elle le désir de la vie en plénitude, elle a soif de l’eau vivequi se traduit par la quête ou la recherche de Dieu afin de vivre de la vie divine.
Au cours du dialogue, la Samaritaine découvre son désordre moral par la mention de ses nombreux « maris » ; mais elle découvre aussi sa recherche intérieure, cette soif que Jésus vient sonder pour y répondre.

Dieu connaît bien ce désir profond de chacun de nous : une vie pleine et belle, juste et bonne. Il vient en personne pour l’assouvir, et c’est là toute l’œuvre de Jésus-Christ. Mais nous découvrons aussi dans son Cœur un autre désir qui correspond au nôtre : Il a soif de notre amour, de notre réponse. C’est pourquoi Il commence son dialogue avec cette plainte si simple : « J’ai soif ». Une soif physique, certes, qui lui permet d’engager le dialogue avec cette femme ; mais plus profondément il exprime une plainte de l’âme, une soif d’être aimé, la soif de Dieu qui fait de Lui un mendiant de notre amour. Il n’est pas fatigué seulement par la route : plus profondément, il a voulu éprouver la faiblesse et les misères qui sont les nôtres pour nous rejoindre comme avec les disciples d’Emmaüs : « Il marchait avec eux. »

Nous aussi, nous vivons parfois des moments semblables, où Jésus est venu nous porter comme un enfant. Merci, Seigneur, d’avoir eu pitié de nous, de nos errances, de nos recherches à tâtons, comme la Samaritaine ; reviens dans nos vies, donne-nous cette « eau vive » qui nous désaltère. Ne nous laisse pas nous égarer dans le désert de ce monde. Comme par la Samaritaine, tu as rapproché les Juifs des Samaritains, rapproche-nous aussi de nos frères et sœurs pour avancer ensemble.

Père Louis IKENDJE