Collaboration dans l’œuvre de Dieu

1 Co 3, 4-11

Le cœur et le résumé de toute la Bible tient en ces quelques mots : Écoute Israël […] tu aimeras le Seigneur ton Dieu …(Dt 6, 4-5), préceptes qui sont exceptionnels et étranges dans le monde de l’antiquité, particulièrement à l’époque de Jésus. On ne connait alors que la soumission à des puissances supérieures, des dieux avec lesquels il est impossible d’imaginer une relation d’écoute, d’amour et de confiance.

Si chaque région de l’antiquité a eu tendance à avoir à l’origine son dieu et son culte, les guerres incessantes qui ont précédé la paix romaine ont tout remis en question ; massacres, destructions, déportations, réductions en esclavage, soumission à plusieurs empires successifs ont détruit la plupart de ces religions locales. Et même si le grand vainqueur, Rome, tend à imposer ses dieux gréco-romains à tout son empire, l’afflux de populations d’origines diverses dans la capitale affecte aussi sa propre religion.

Rome installe ses prêtres, les flamines, dans tout l’empire, et la participation à leur culte est obligatoire. Leur supérieur, le pontifex maximus, souverain pontife, est l’empereur lui-même, chef spirituel de tous les habitants de l’empire en même temps que chef temporel. La parenté des diverses pratiques polythéistes a permis cette unification, qui n’empêche pas d’ajouter des cultes à d’autres dieux locaux ou exotiques. Mais le polythéisme, coupé de ces racines, a dégénéré en croyances superficielles et en superstitions, le rapport avec les dieux se limitant à les rendre propice à ses interêts par des pratiques cultuelles et des sacrifices. C’est une religion sans foi, purement formelle. Le peuple y tient par habitude mais la noblesse et l’élite intellectuelle remettent en cause l’importance des dieux officiels, quelquefois au profit de l’idée d’un dieu créateur supérieur aux autres dieux mais trop loin au-dessus de l’homme pour concevoir une relation avec lui. Si tous participent au culte officiel, c’est beaucoup pour exprimer leur soumission, ou du moins leur respect, devant l’autorité impériale. C’est une religion sans relation, particulièrement sans relation d’amour.

Les juifs sont une exception car ils ont réussi à arracher une tolérance qui les dispense du culte impérial. Mais ils sont mal vus de ce fait, et ils peuvent être soumis à des persécutions, comme l’expulsion de Rome qui a déplacé à Corinthe les hôtes de Paul dans cette ville. Les juifs ont gardé vivante la dévotion au dieu des Hébreux mais, peut-être influencés par la philosophie grecque, leur relation d’amour et d’écoute directe avec Dieu a tendance à laisser la place à une religion basée sur l’observance littérale de la loi de Moïse.

Paul doit réapprendre aux gens de son époque la relation personnelle et communautaire d’amour et de confiance avec Dieu ; à ne pas se voir comme des esclaves d’une puissance écrasante mais comme des enfants bien aimés appelés à être des collaborateurs d’un dieu de miséricorde. Dieu se fait humble en ce monde pour nous laisser décider librement de Le servir dans l’accomplissement de Son œuvre.

Gilles Plum