Phm 9b-10, 12-17
L’épître à Philémon est centrée sur le rapport entre deux personnes en particulier, Onésime et Philémon, un esclave et son maître, son propriétaire, et a pour but de les amener à un rapport fraternel. Il ne faut pas croire pourtant que Paul va prêcher l’abolition de l’esclavage. S’il a dit « il n’y a plus ni esclave ni homme libre » (Ga 3, 28), c’est en Christ, dans l’assemblée chrétienne, mais il écrit aussi : « Vous les esclaves, obéissez en toute chose à vos maîtres d’ici-bas, non pas seulement sous leurs yeux, par souci de plaire aux hommes, mais dans la simplicité de votre cœur, en craignant le Seigneur. […] Vous les maîtres, assurez à vos esclaves la justice et l’équité, sachant que, vous aussi, vous avez un Maître dans le ciel. » (Col 3, 22 – 4, 1). Cela peut sembler décevant de la part d’un apôtre qui a tant contribué, au service du Christ, à bouleverser le monde.
Il faut se rappeler d’abord que la pratique de l’esclavage semble naturelle à l’époque dans le monde méditerranéen et même au-delà : elle est réglementée dans les textes de loi de la Bible comme dans le droit romain. Et, si Paul libère de la soumission à la loi juive, ce n’est pas pour envisager l’amélioration de la loi romaine. Notons d’ailleurs que l’Histoire a montré que l’abolition de l’esclavage n’a pas empêché la persistance des atteintes à la liberté et à la dignité humaine, même aujourd’hui. Paul, à la suite du Christ, sait que changer les lois n’est rien si on ne change pas le cœur des hommes.
Un certain progrès est visible à l’époque chez les Romains et Grecs cultivés proches de la philosophie stoïcienne : ils considèrent qu’être esclave, comme le philosophe Épictète l’était, n’empêche pas d’être libre d’esprit et de pouvoir enseigner la sagesse, et que les esclaves ne doivent pas être méprisés par leurs maîtres. Dans la Bible juive, déjà, un personnage de premier plan comme le Joseph de la Genèse est réduit en esclavage mais s’attire la confiance de ses maîtres au point de se voir confié le gouvernement de l’Égypte. Mais il n’est pas question dans tout cela d’amour fraternel entre maître et esclave comme chez Paul.
C’est pourquoi cette épître est plus importante qu’un appel à un changement de loi. Reprocher à Paul, deux millénaires après, d’avoir renvoyé Onésime à son maître n’a pas de sens. D’un côté, Paul aurait pu être accusé de vol, faisant naître la rumeur que les chrétiens étaient des voleurs ; d’un autre côté il se devait de donner une leçon de fraternité en Christ par delà les conventions sociales. L’originalité de Paul est d’oser appeler à l’amour entre maître et esclave, ce qui est le propos de l’épître à Philémon.
Gilles Plum